Et là, 3.000 röntgens à l’heure. » Et, d’un geste crâne, il jette son chapeau par terre. La maison biélorusse ! Un tracteur labourait un champ. Je n’ai donc pas vu comment on tuait des gens. On nous a dit que nous pourrions avoir de nouveau des enfants au bout de cinq ans. 15. Je n’irai plus dans la zone alors que, avant, cela m’attirait. Les meilleurs recevaient des coupes, des drapeaux, on organisait un banquet sur l’herbe. (180) Aujourd’hui, il me semble parfois que le monde est gouverné par quelqu’un d’autre et que, avec nos canons et nos vaisseaux spatiaux, nous sommes comme des enfants. La fillette portait un imperméable et un chapeau, bien que le soleil fût de la partie. La vie suit son cours. Voilà comment on remplissait les plans de livraison de viande. Nous arrivions dans un village à bord d’un minibus allemand qu’on avait offert à notre fondation. Mais s’il a l’atome à sa disposition… Je ne suis pas une philosophe et je ne vais pas philosopher. De plus, on annonçait par les haut-parleurs intérieurs qu’il ne fallait pas quitter les bâtiments. L’Institut s’est vu confisquer tous les appareils destinés au contrôle des radiations. Vous avez oublié… À l’époque, les centrales nucléaires, c’était l’avenir. Où fuir ? Il fallait donc trouver des gens. Si quelqu’un avait vu l’évacuation d’en haut, il aurait pensé que la Troisième Guerre mondiale venait de commencer. Il s’ouvrira à nous encore plus profondément pour devenir un sanctuaire, un mur des lamentations. Je me souviens des premières impressions, des premières rumeurs. Même la plus propre, la plus blanche qui soit. Nos hommes, au moins, sont de vrais hommes, courageux ! Une première idée nous est (176) venue : l’enveloppe de l’un des éléments calorifères avait perdu son étanchéité dans la zone active. Il lui avait fait jurer le silence. Elle nous l’a amenée, à Slavgorod, quelques semaines après l’explosion de la centrale. J’en ai pris une copie. Références de l'ouvrage. Ici, nous sommes le peuple de Tchernobyl. De faire des enfants ! Je suis entré à l’Institut de l’énergie de Moscou et là, j’ai appris qu’il y avait une faculté ultra-secrète, celle de l’énergie nucléaire. Nous sommes toujours un pays stalinien… Et l’homme stalinien vit toujours…. Peut-être valait-il mieux se suicider pour ne pas souffrir… C’étaient les premiers jours. 6. 12. Ils vont continuellement à des enterrements… 12. Si nous étions restés dans un système fermé, derrière le rideau de fer, les gens seraient demeurés à proximité immédiate de la centrale. Mais tu n’aurais pas dû écrire (216) à Moscou. Et ils ne parvenaient pas à croire qu’ils vivaient à Tchernobyl : ils ne bougeaient pas pour autant… Ils continuaient à ramasser des bûches en cachette, à arracher des tomates encore vertes pour en faire des conserves. Chaque jour qui passe, l’ignominie sur l’écran se fait encore plus terrible que la veille. Tchernobyl a ouvert un abîme, quelque chose de plus insondable que la Kolyma, Auschwitz et l’holocauste. Une commission gouvernementale est au travail, là-bas. Nous ne sommes pas capables de la concevoir. Ils venaient au monde, faisaient l’amour, gagnaient leur pain dans la sueur, assuraient la lignée, attendaient les petits-enfants et. Les journaux écrivaient : « Au-dessus du réacteur, l’air est pur. (218) Elle rentre chez elle, à Marki… Il y avait 150 curies, là-bas ! Mais tu tirais, tu restais en vie. Les gosses jouaient dans la cour, faisaient des pâtés de sable dans le bac. sur une terre contaminée, à la labourer, semer ? Le réacteur allait brûler pendant dix jours, il fallait faire ce traitement pendant dix jours. On était désemparés. Les Fausses confidences de Marivaux. Vous vous souvenez de ce film où l’on tuait une vache ? Et les filles du coin faisaient la noce. C’était tout de même un bel État, merde alors ! Quantité disponible : 1. Résumé établi par Bernard Martial (professeur de lettres en CPGE) T raduit du russe par Galia Ackerman et Pierre Lorrain J’ai lu n°5408. C’est ma femme qui s’en est chargée. C’est aujourd’hui que la science de l’énergie nucléaire est humiliée et couverte de honte. D’abord l’Afghanistan, puis Tchernobyl. Pourquoi faudrait-il qu’elles. J’ai été convoqué : « Sais-tu faire la différence entre l’essence et le gasoil ? Y aurait-il eu un nouvel accident ? C’est une spécialité secrète. C’était à Khotimsk, un chef-lieu de district. Soudain, la Terre est devenue petite. Chacun attendait un coup de fil, un ordre, mais n’entreprenait rien de lui-même. INTRODUCTION “J’écris l’histoire des âmes” Entretien de Svetlana Alexievitch avec Michel Eltchaninoff mIChEL ELTChaNINoff: Il y a en Europe un drôle de pays où le temps s’est figé. Nous avions notre petit cercle. Nous ne marchions pas, mais courions. Nous allons vous exiler dans des contrées éloignées. Nous étions nostalgiques de la liberté, d’un autre monde, d’un monde étranger. Couverture souple. » On exerçait aussi des pressions sur les employés de l’Institut. On raconte que Chtcherbina, le président de la commission du gouvernement, arrivé sur place peu de jours après l’explosion, a exigé d’être immédiatement conduit sur les lieux de l’accident. La connaissance restera… Vous vous bornez à poser des questions, et moi, j’argumente tout le temps. Chez nous, de telles choses étaient considérées comme de grands secrets. Dans les premiers jours, nos sentiments étaient mitigés. Mais tout cela, c’est déjà de l’histoire… L’histoire d’un crime ! Ils pouvaient m’interner en asile psychiatrique. Tu es en âge de te marier. Une commission est venue nous calmer. Une chose terrible venait de se produire et aucune information n’était disponible : les autorités et les médecins se taisaient. Ils vont revenir au pouvoir et retrouver les coupables ! Des panneaux : « Accotements contaminés. Les chauffeurs qui les transportaient racontaient que ces veaux étaient bizarres : leurs poils pendaient à terre et ils avaient tellement faim qu’ils mangeaient de tout, même des chiffons et du papier. » Mais d’autres espèrent se saisir d’une boîte, d’une caisse de marchandises étrangères. L’homme se détache de la Terre, il manipule d’autres catégories temporelles et d’autres mondes. Véhesse. Nous allions chez les uns ou les autres et nous lancions dans des discussions infinies autour de la table. Même les femmes étaient un peu soûles, surtout celles qui s’occupaient de traire les vaches… À Malinovka (dans le district de Tcherikovski), j’ai visité le jardin d’enfants. Le CAS' NARD (journal de Bernard Martial). « Qu’est-ce que tu as à nous bourrer le crâne ? Les gens ne sourient plus, ne chantent plus. Les aiguilles des appareils enregistreurs restaient bloquées au maximum, mais personne (219) ne comprenait rien. Moi, en tout cas, je n’étais pas prêt. Elles disaient qu’elles allaient mourir bientôt, de toute façon. C’est un conflit de générations… L’avez-vous remarqué ? Mais après Tchernobyl… (179) On a fait venir des scientifiques jusqu’au réacteur. Je sais bien que les chefs, eux, prenaient de l’iode. C’était tout de même un homme normal. Je savais que beaucoup de choses finiraient par être oubliées, par s’effacer. J’étais assailli par un sentiment très particulier en voyant ce qui se passait. * Svetlana Alexievitch, La Supplication, Traduction Galia Ackerman et Pierre Lorrain, éditions J’ai lu L’essentiel, pour vous, est de lire attentivement ces 3 uvre s de sorte à en avoir une connaissance globale. Et nous ? J’ai aussitôt appelé Sliounkov, le premier secrétaire du Comité central de Biélorussie, à Minsk, mais on ne me l’a pas passé. On l’a laissée pendant deux jours dans sa maison, la pauvre, dans un vieux gilet molletonné, sous les icônes. J’avais trois ans lorsque j’ai été déportée avec ma mère, en Allemagne, dans un camp de concentration. Tu n’aurais pas dû ! Achetez neuf ou d'occasion Selon ses services, tout est normal, ici. La prime était de 500 roubles. Si vous ne pouvez pas assurer notre sécurité, nous partons. Aucun d’entre nous n’avait de doute quant au fait qu’on pouvait nous emprisonner pour refus d’obéissance. Tout part, s’évanouit, nos sentiments changent… Avant l’opération, je savais déjà que j’avais un cancer. Quant aux enfants, où qu’ils aillent, ils se sentent étrangers parmi les autres. C’était effrayant, inhabituel… Les dosimétristes ont contrôlé mon bureau. Je ne leur pardonnerai jamais ! On ne peut pas dire que l’on dissimulait les choses volontairement. Ils n’avaient peur de rien. Ils venaient au monde, faisaient l’amour, gagnaient leur pain dans la sueur, assuraient la lignée, attendaient les petits-enfants et, ayant vécu leur vie, ils quittaient la terre pour rentrer en elle. Je suis resté debout à la tribune pendant deux heures, sous ce soleil, sans chapeau, sans manteau. Ils ont ouvert les entrepôts secrets, mais tout ce qui s’y trouvait était dans un triste état, hors d’usage. Nous avions des dosimètres. J’ai l’habitude de tout noter. Se soumettre à la foule, est-ce la solution ? Personne ne croyait que l’on ne pouvait abattre le mur du Kremlin. Et l’odeur de la forêt me donne le vertige, je la perçois encore plus fortement que la couleur. Résumé et citations, 8e partie, p. 176 à 199. Aujourd’hui, lorsque je me remémore ces journées, je me dis que j’ai éprouvé un sentiment … fantastique. Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse. Mais le soir, à la télé, on nous disait de ne pas céder aux provocations. m’est incompréhensible. semer, un portillon fermé à clef, des paysans produisant encore de l’alcool qu’ils nous vendaient… Car nous avions beaucoup d’argent : trois fois le salaire mensuel plus des frais de séjour multipliés par trois. Qu’ils en soient malades… Dans les premiers jours, alors qu’on n’avait pas encore montré la moindre photo, je m’imaginais déjà tout ce que cela pouvait être. Je ne pourrai jamais monter un spectacle sur la guerre…Nous avons donné un spectacle très joyeux dans la zone de Tchernobyl. Ici, nous sommes le peuple de Tchernobyl. La vie est une chose surprenante, mystérieuse ! » Nos yeux deviennent humides d’affliction. Après la guerre, je suis rentrée du camp de concentration… J’ai survécu. J’ai compilé pendant sept ans des coupures de presse, des notes, des chiffres. Nous avons deux États séparés par des barbelés : la zone elle-même et le reste. Si je revois cela, si j’y pense, je vais tomber malade et mourir. On agissait en vertu de considérations politiques supérieures. L’ère de la physique ! Avec, et des drapeaux rouges… On a retrouvé un gars dont on croyait qu’il s’était enfui, dans les buissons, deux jours plus tard. Arrêt strictement interdit. Après une nuit sans sommeil, au matin, j’étais chez moi. La vie des paysans se déroulait en toute simplicité : les gens semaient et récoltaient. Quelle est la citation la plus belle de Svetlana Alexievitch ? Nous respirions pleinement. Voilà bien le caractère biélorusse…Nos dieux sont des martyrs. Il y avait des numéros partout, des barbelés, un homme casqué dans un mirador, des chiens qui aboyaient. À condition de ne pas, avant ! « Tout va bien ? On fêtait les quarante ans de la Victoire. Tchernobyl est une métaphore, un symbole… Parfois, je me dis qu’il vaudrait mieux que personne n’écrive plus sur nous. Pour Tchernobyl, il faudra bien répondre un jour, comme pour 1937. J’en connaissais chaque millimètre… Nous avons téléphoné à la centrale d’Ignalina, en Lituanie, non loin de chez nous. Deux femmes se sont lancées dans une grande discussion. » Nous avons ri, nous avons juré. Je ne peux comparer cela à rien. - Alexievitch, La Supplication. Tout le monde veut se venger des communistes… Mais si les autres se taisent, moi, je vais parler. » Cela serait devenu une affaire politique. J’entends partout la lamentation. Toute la compagnie a avancé. Y avait-il eu un accident, à l’Institut ? Je suis tombé malade tout de suite après mon retour. Comme ce dont je me souviens de mon enfance… À part ça, il y a eu une autre peur inaudible, invisible, inodore mais qui nous change physiquement et psychologiquement. Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche. Des idées folles me passaient par la tête. Je m’imaginais des maladies horribles, inconcevables alors que je suis médecin. Nous mettions nos masques dès qu’une voiture passait en soulevant la poussière et nous restions dans les tentes après le travail. Il fonctionne pendant deux heures. Nous avions foi en notre bonne étoile. Nous ne connaissions rien d’autre. Mais ils étaient là… J’écris cette lettre pour que la vérité de ces jours-là – et de ces sentiments – reste. 11. Des gosses nous entouraient. Après les deux premiers verres, la plupart soupiraient en se souvenant de leurs femmes et de leurs enfants ou se plaignaient du travail et pestaient contre les chefs. Tu partiras comme volontaire. L’atmosphère sera saturée de fumée. Posledniïe svideteli, Moscou, Editions Ostojié, 1998. J’aimais la science-fiction. Il m’appelle souvent. Sur l’écran apparaît le toit du réacteur parsemé de morceaux de graphite, le bitume fondu. Que devons-nous faire aujourd’hui de cette vérité ? Je suis pour les communistes ! …. Nos responsables avaient plus peur de la colère de leurs supérieurs que de l’atome. C’est la seule qui s’y prête… Nous craignions la bombe, le champignon nucléaire et les choses ont pris une autre tournure… Nous savons comment brûle une maison incendiée par une allumette ou un obus… Mais ce que nous voyions ne ressemblait à rien… Les rumeurs disaient que c’était le feu céleste, une lumière, une lueur. J’ai mesuré la thyroïde de mon fils : 180 microröntgens à l’heure. Puis ils m’ont rappelé pour me dire de venir à Minsk, à 400 km reprendre notre sol. La Supplication. J’avais la certitude que, s’il s’était agi de quelque chose de grave, on nous aurait avertis. Ils ne semblaient pas le moins du monde effrayés. À l’époque, j’étais premier secrétaire d’un comité de district du parti. Deux à trois gouttes pour les enfants dans un demi-verre d’eau. Je me souviens d’un homme, près du comité municipal du parti, à Minsk. Tableau des oeuvres, 2e partie. C’était à Khotimsk, un chef-lieu de district. L’auteur . Je n’ai pas pu me retenir : « On vous trompe ! D’accord, Tchernobyl avait explosé, mais nous étions les premiers à avoir envoyé un homme dans l’espace ! Et maintenant, c’est mon métier. La seconde avait confiance : « Les journaux disent que la situation redeviendra normale dans quelques jours. Ce sont des gens privés d’immortalité qui en tuent d’autres. De toute manière, l’homme doit bien mourir de quelque chose : le tabac, les accidents de la route, le suicide » … Ils se moquaient des Ukrainiens qui « se traînaient à genoux » au Kremlin en quémandant de l’argent, des médicaments, des dosimètres. Ma vision a changé… Je suis allée dans la zone dès les premiers jours. Je lui ai dit à voix basse ce qu’il fallait faire : « Ferme les fenêtres, mets tous les aliments dans des sacs en plastique. L’Institut s’est vu confisquer tous les appareils destinés au contrôle des radiations. La grosse pointe du doigt quelque part… Une ombre surgit du demi-cercle sombre et devient un homme. Ce fichu mal des rayons. Mais, en même temps, je voyais qu’il avait pitié de ces gens. Les Fleurs du Mal de Charles Baudelaire. Vous autres qui avez des vies ordinaires, vous ne pouvez pas le concevoir… Souvenez-vous que l’on nous préparait en permanence à une guerre future. Je faisais en sorte qu’on exécute le plan que personne n’avait annulé… Durant les premiers jours, les gens n’éprouvaient que de la peur, mais aussi de l’enthousiasme. J’ai pris les carnets d’adresses de ma femme et de ma fille et j’ai entrepris d’appeler tout le monde : Moi, chef de laboratoire de l’Institut de l’énergie nucléaire, je vous annonce qu’un nuage radioactif traverse notre ville… Et j’énumère les mesures à prendre : se laver les cheveux, fermer les fenêtres et les lucarnes, relaver le linge qui sèche dehors, boire de l’iode. Notre formule sanguine, notre code génétique, le paysage changent, quoi que nous fassions. Mais la conscience n’était pas prête. NOTICES. J’y avais moi-même enseigné. » J’ai demandé aussitôt (184) où l’on m’envoyait. À cette époque, notre famille a décidé de ne pas économiser sur la nourriture. Ils nous demandaient ce qu’on leur avait apporté... En route vers la zone, nous rencontrons une vieille femme en jupe brodée et tablier, un balluchon sur le dos. Partout des tueries, en Tchétchénie, en Bosnie. Ceux-là attendaient un miracle… Nous autres, Biélorusses, nous n’avons jamais eu d’éternité. Pour nous, citadins, l’appartement est une machine pour la vie, mais pour eux, la maison représente un monde tout entier. On l’a vraiment respecté. Il m’annonça en passant en passant que, pour le Premier Mai, il emmenait ses enfants chez ses beaux-parents, dans la région de (178) Gomel… À un jet de pierre de Tchernobyl ! Les gens se baignaient, bronzaient. La prédestination de notre peuple pour n’importe quel malheur. Svetlana Alexievitch a reçu de nombreux prix prestigieux pour son ouvrage La Supplication - Tchernobyl, chronique du monde après l'apocalypse (1997) (dont le prix de la paix Erich-Maria-Remarque en 2001). On nous a dit que nous pourrions avoir de nouveau des enfants au bout de cinq ans. Chez nous, de telles choses étaient considérées comme de grands secrets. Soudain arrive l’ordre de former une nouvelle équipe et de l’envoyer sur le toit. Mais je n’ai pas pu me retenir et j’ai appelé ma femme. La science a été entraînée dans la politique ; la médecine, dans la politique. L’ère de la physique s’est terminée avec Tchernobyl… Vous avez un autre regard sur le monde… J’ai lu récemment, chez Konstantin Leontiev, une réflexion selon laquelle les résultats de la débauche de la physique et de la chimie obligeraient un jour l’intelligence cosmique à se mêler des affaires terrestres. Ses copines aussi, elles pensent toutes à cela. » Des arbres gris arrosés du liquide de désactivation. Tout part, s’évanouit, nos sentiments changent… Avant l’opération, je savais déjà que j’avais un cancer. Tout cela m’a mis la cervelle sens dessus dessous. Nous, nous vivons ici, nous souffrons. Mais les bombes atomiques ne disparaîtront pas. Il n’y avait aucun précédent, ni chez nous ni dans le monde entier. Elle s’est réveillée, le matin, et a dit à sa mère que, dans son rêve, elle avait vu deux anges emporter Olga. Et si elles ne quittent pas leurs maisons, leurs cimetières, ce n’est pas à cause du chocolat allemand ou du chewing-gum…Il est temps de rentrer : « Quel joli coin ! Ils combattent le réacteur ! Ce n’étaient pas de brèves émotions, mais toute une histoire intérieure. Il faut montrer la guerre de manière si horrible que les gens vomissent. » Il y a du romantisme dans ces mots. Il fonctionne cinq minutes. Pour fonder celle-ci, l’argumentation analyse chacun des « Requiems » et met en évidence la réflexion théologique, explicitement présente dans les écrits de Stravinsky et dans la correspondance de Frank Martin, qui a accompagné leur travail de composition. Nous maintenons des liens les uns avec les autres. Je me souviens d’images d’une grande beauté. La cour s’est vidée aussitôt. Après les cérémonies officielles, les gens ne sont pas rentrés chez eux. Écrivain et journaliste biélorusse, dissidente soutenue par le PEN Club et la fondation Soros, Svetlana Alexievitch est aussi l’auteure des Cercueils de zinc et de La supplication. Svetlana Alexievitch : à l’écoute de ceux pour qui le temps s’est arrêté… Katia Vandenborre. 1.500, 2.000, 3.000 microröntgens. Tiens, nous nous signons ! Certains sont devenues des stars. Qui vous a donné la permission ? 9. Je pensais qu’il ne me restait que quelques jours à vivre et je n’avais pas envie de mourir. Je suis né près de Briansk. Après un test nucléaire, nous avons bu du vin rouge, le soir, sur le champ de tir. Je remarque soudain chaque détail de la nature. À cette époque, notre famille a décidé de ne pas économiser sur la nourriture. On ne pouvait pas acheter le cercueil ! On disait que la peine encourue était de deux ou trois ans. Il fallait une autorisation spéciale, on confisquait les appareils. ». Il est probable que si on nous avait interdit de partir d’ici, si on avait installé des barrages autour de la zone, beaucoup d’entre vous se seraient calmés. À la colonie de vacances où ma fille a passé un été, on avait peur de la toucher : « Un hérisson de Tchernobyl. Des barrières. Et ils pleurent en dormant. Sur les ossements des morts - Poche - Olga Tokarczuk - Achat Livre. Le peuple soviétique devait riposter dignement à l’attaque ennemie. … Je conduis un convoi d’aide humanitaire d’étrangers qui viennent au nom de la charité chrétienne ou au nom d’autre chose dans la zone. » J’avais des chiffres, des cartes. L’ère de la physique ! Tableau des oeuvres, 4e partie. Nous n’avons même pas de territoire historique. Et comment tout désactiver ? Ensuite, c’était trop tard. Mais, dans ce cas, allez donc nettoyer l’asphalte ! Je pense : « Non, il faut les contourner. C’était cela, notre travail. Des idées folles me passaient par la tête. Les gens continuaient à travailler comme si de rien était. C’étaient des ordres. Les paysans n’avaient rien à faire ni du tsar, ni du pouvoir soviétique, ni des vaisseaux spatiaux, ni des centrales nucléaires, ni des meetings dans la capitale. Les autres couleurs n’existent pas. Et eux, ils cherchaient des ennemis. Mais il s’agit de Tchernobyl, littéralement, (189) ce nom signifie « la réalité noire ». Dans un coin, des drapeaux rouges et des fanions de la victoire à l’émulation socialiste. À Braguine : 30.000 microröntgens à l’heure ; à Narovlia : 28.000. On les vendait aux kolkhozes, mais ceux qui en voulaient pouvaient les prendre pour leur consommation personnelle. Lave- toi les cheveux… » J’ai raccroché. Monologue sur des victimes et des prêtres : Natalia Arsenievna Roslova, présidente du comité de femmes de Moguilev, « Enfants de Tchernobyl ». Ma femme avait donc tout compris. Vous pouvez regarder avec profit la série Tchernobyl qui s’inspire de La supplication. Ainsi faisions-nous, près du réacteur… Des journalistes passaient nous voir. Notre formule sanguine, notre code génétique, le paysage changent, quoi que nous fassions. Monologue sur ce qu’il faut ajouter à la vie quotidienne pour la comprendre : Victor Latoun, photographe. Ce n’est qu’avec eux qu’un État fort est possible ! Tout à coup, j’ai envie de leur dire : « Je vais vous montrer quelque chose que vous ne trouverez nulle part au monde, pas même en Afrique ! Je ne veux pas allumer la télé ou lire les journaux. Elle est en terminale et elle a déjà des idées pareilles. D’autres ont cessé d’aller au marché et d’acheter du lait et de la viande, surtout du bœuf. Nous avions des dosimètres. Tableau des oeuvres, 3e partie. Dans notre cercle, quelqu’un a sombré dans la boisson, une autre est entré au parti, pour faire carrière. a répondu le gosse…parce que nous mourrons tous bientôt. (193) Il nous faut toujours ajouter quelque chose à la vie quotidienne pour la comprendre. Il ne s’est relevé que lorsqu’il a eu fini. Dans (187) un village, il y avait deux maisons clandestines. Où sont les (207) secrétaires des comités du parti ? Nous avions l’ordre de ne pas regarder en bas, mais nous l’avons fait tout de même. Certains tremblaient de peur, d’autres d’envie ! Il fonctionne cinq minutes. Olga avait une petite sœur. Par Isabelle Regnier Des hommes arrachés à leurs femmes pendant six mois, dans une situation extrême. On me téléphonait à la maison, pour me menacer : « Arrêtez de faire peur aux gens, professeur. Ils prenaient des photos composées. Elle avait 25 km à faire, rien qu’à l’aller. Tu pouvais mourir cent fois, éclater en mille morceaux, mais si tu faisais des efforts et avec un peu de chance, tu pouvais survivre ! Il faut immédiatement traiter préventivement à l’iode toute la population et évacuer ceux qui vivent à proximité de la centrale. D’ailleurs, on allait bientôt l’évacuer. Les réfractaires ont tenu conseil et ont fini par accepter. On a demandé aux volontaires de faire un pas en avant. Il a une énorme fente en guise de bouche et pas d’oreilles. Mais elle nous a été enfin concédée. Il me reprocha de semer la panique. Même la plus propre, la plus blanche qui soit. Tout se confond dans ma mémoire, ce que j’ai lu et ce que j’ai vu…. Vous avez peut-être besoin d’un capital politique ou de remplir les poches avec des dollars ? Le secret s’étendait à moi aussi. Dans notre district, nous attendions les instructions du comité régional qui lui attendait (181) celles de Minsk… qui attendait celles de Moscou. Quelques gars se sont rebellés. Mais ce n’est pas vrai. Dans son livre, rapporte une conversation qu’il a eue avec, sur la bombe nucléaire. Ils étaient bien pour nous, les gens simples. Des hommes arrachés à leurs femmes pendant six mois, dans une situation extrême. Avant leur départ, on fouillait les soldats qui y avaient fait leur service, pour qu’ils n’emportent pas de photos, le K.G.B. Moi, j’avais toujours un dosimètre dans ma serviette. Tant que Gorbatchev, ce démon marqué sur le crâne, n’est pas monté sur le trône. Comme au front. Monologue sur le pouvoir démesuré d’un homme sur un autre : Vassili Brissovitch Nesterenko, ancien directeur de l’Institut de l’énergie nucléaire de l’Académie des sciences de Biélorussie. C’est une spécialité secrète. Ce sont les gens de la C.I.A. Il n’y a pas que leurs maisons qui y sont enterrées, mais toute leur époque. Chez eux, c’est aussi la panique. De la monarchie russe. Nous l’avons arrêté. Un accident dans un réacteur… Ma première réaction a été de rappeler ma femme et de l’avertir, mais tous les téléphones de l’Institut étaient sur écoute.

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